PLEINE LUNE EN CANCER - 3 janvier 2026
Voilà la première pleine lune de l’année. Nous sommes au coeur de l’hiver et tout est devenir. La terre est froide, elle contraint et restreint, épure et sèvre. Par nos résolutions nous tentons de réduire les choses à leur architecture première. Nous essayons de saisir ce qui fera demain. Le défaut de notre part capricorne, que le soleil active, est de sacraliser l’épreuve et la discipline jusqu’au sacrifice de soi. Notre solitude devient alors isolement, l’ascétisme un contrôle, la frugalité une anorexie du coeur.
Or la pleine lune en cancer est là. Ses humeurs mélancoliques et extatiques sont à l’opposé du contrôle. Le cancer est la rondeur, le besoin, la demande. Il régule par le soin plutôt que par la loi. Il rappelle que nous ne pouvons bâtir seul.
Et alors que le temps du capricorne est long, linéaire et lent, celui du cancer est circulaire, involutif et mémoriel. La capricorne devient, mais le cancer demeure. Il est une madeleine de Proust.
Cette pleine lune met donc en tension ce qui est nécessaire pour tenir (capricorne), et ce qui est vital pour l’âme (cancer). Le social et l’intime. L’adulte et l’enfant. Il s’agit de nous relier à la source. A l’origine du rêve, de l’émotion, de l’odeur et du goût. Le cancer n’a pas d’identité sociale et se moque de demain; il précède la construction consciente de moi. Il renvoie à la nécessité d’être contenu, porté, bercé, aux images que nous avons fantasmé sur les plafonds étoilés de nos chambres d’enfants. À la sécurité du sein. Sans le lien avec ces besoins anciens, avec le passé qui vit en nous, l’édifice capricornien n’a pas de valeur.
Alors si la nostalgie ou la tristesse émerge, ne la vivons pas comme une régression mais comme une demande. Quelque chose en nous doit être reconnu. Notre part d’enfant veut trouver sa place dans le grand monde. Jupiter, proche de la lune, légitime ce besoin et suggère que prendre soin de nous et de l’autre est une voie de croissance, non un obstacle à la maturité.
Nous pouvons nous interroger sur nos maisons, nos familles, nos parcours sociaux, nos frustrations. Nous poser des questions d’argent, d’investissement, de planification, mais aussi de tendresse, d’affection, de besoin. Il s’agit de remettre en question ce que nous construisons, de nous demander si nous tenons par devoir plutôt que par sens. Bref, honorer la bâtisse, certes, mais aussi nous rappeler que sans le feu dans l’âtre, le bordel, les photos aux mur, ce n’est pas une maison.